Dans ce minuscule mystérieux miroir.

A Londres, sur la partie nord du Trafalgar Square, se dresse depuis 1824 la National Gallery dont les collections offrent à voir près de 2300 peintures datant du milieu du XIIIème siècle à la fin du XIXème.

NATIONAL GALLERY

Dans la salle 63, consacrée à la peinture flamande du XVème siècle, on peut admirer, de très près, l’une des œuvres majeures de Jan van Eyck, «Les Epoux Arnolfini» peinture à l’huile sur bois (82,2 x 60 cm) réalisée en 1434. Œuvre aussi magnifique que mystérieuse.

Elle représente un couple, l’homme à gauche, portant grand chapeau noir, vêtu de velours violet bordé de fourrure, la femme à droite, richement habillée de vert et de bleu, bordé de fourrure crème, coiffée de blanc, portant quelques bijoux délicats. Lui serait Giovanni Arnolfini riche marchand toscan établi à Bruges, elle, son épouse Giovanna. Elle semble enceinte. Ils se tiennent la main. A leurs pieds, un petit chien. A gauche une fenêtre, à droite un meuble-lit drapé de rouge. Au plafond un lustre dont une seule bougie est allumée. Sur le mur du fond, une superbe calligraphie en latin qui dit étrangement : «Johannes de Eyck fuit hic 1434» que l’on peut traduire par «Jan van Eyck fut ici en 1434». Dessous, un miroir convexe, dit aussi miroir de sorcière, dans lequel le peintre reproduit, en perspective inversée et en plus large, toute la pièce.

LES EPOUX ARNOLFINI JAN VAN EYCK

Tout ceci pour le plus visible car ce tableau, plus que minutieusement peint, cache de nombreux éléments symboliques. Des cerises, un autre couple, un monstre mi-homme mi-animal aux pieds fourchus (le diable ?) et sous lui, un lion, symbole de résurrection, une sainte et un dragon, un peu de boue, une vue sur Bruges, une seconde chandelle,… et la passion du Christ, tellement peu visible dans le cadre du miroir qui ne fait, sur le tableau, que 5 centimètres de diamètre !

MIROIR close up

On a déjà tant dit, et écrit, sur ce tableau dont on connaît si peu de choses. Les plus grands spécialistes du Moyen-Âge, comme ceux de la peinture flamande ont tenté de comprendre le visible et l’invisible de ce chef d’œuvre. Mais c’est le petit livre, L’AFFAIRE ARNOLFINI paru chez Acte Sud, écrit par un médecin généraliste français, Jean-Philippe Postel, qui engage à regarder autrement. Le praticien définit son travail comme «l’application à une œuvre picturale des méthodes de l’observation clinique attentive» car en effet c’est bien ainsi qu’il procède, le généraliste. Et plus encore puisque, tel un écrivain de romans policiers, l’essayiste-médecin nous conduit dans les arcanes de ce tableau, pour nous faire découvrir, indice après indice, quelles sont leurs significations cachées. En une sorte d’anamnèse picturale. Bien sûr il ne s’agit que de conjectures, mais présentées de si raisonnée façon que le lecteur se laisse embarquer dans cette enquête à rebondissements qui se lit d’une traite, tellement passionnante. 

AFFAIRE ARNOLFINILa prochaine fois que vous irez à Londres, emportez ce petit opus qui tient en poche, les deux heures de train vous sembleront bien vite passées. Là-bas sur l’île, entrez dans la National Gallery, c’est gratuit, direction la Sainsburry Wing au deuxième étage, Room 63. Entre d’autres merveilles, celle de Van Eyck, approchez-là, très près, plus près encore et entrez votre regard dans la chambre des époux Arnolfini, peut-être vous y verrez-vous dans le reflet du miroir ! Peut-être, mais pas sûr.

Jean-Martin Charcot (1825-1893), le célèbre neurologie français, disait : «Regarder, regarder encore, regarder toujours, c’est ainsi seulement qu’on arrive à voir».

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

FERNANDO BOTEROFernando Botero, le peintre et sculpteur colombien, dont les personnages tout en rondeurs sont bien connus – plus encore de ceux et celles qui ont visité à Mons au BAM, l’exposition qui lui était consacrée il y a peu – disait à l’historien d’art, Pascal Bonafoux : «Être ou ne pas être d’avant-garde ne m’a pas préoccupé. Ce genre de notion ne me concerne pas.»

Botero est ainsi l’un des rares peintres figuratifs actuels qui ne s’embarrasse pas des modes, certain de son style personnel, original et unique. Ses sujets de prédilection vont du nu féminin aux portraits de famille, des natures mortes aux scènes de tauromachie, de la vie quotidienne de la société colombienne aux dénonciations de la torture en passant par ses autoportraits. 

BOTERO GUITAREPour comprendre son style tout en gonflements, il faut l’écouter quand il dit, «J’avais toujours cherché à rendre le monumental dans mon œuvre. Un jour, après avoir énormément travaillé, j’ai pris un crayon au hasard et j’ai dessiné une mandoline aux formes très amples comme je le faisais toujours. Mais au moment de dessiner le trou au milieu de l’instrument, je l’ai fait beaucoup plus petit et, soudain la mandoline a pris des proportions d’une monumentalité extraordinaire.»

A la suite d’un voyage en Europe, où il visite les grands musées, Botero s’est essayé, avec succès et humour, à reproduire à sa façon des grandes œuvres classiques.  «Prendre pour modèle une peinture d’un autre peintre, ce que je fais souvent, c’est se mesurer à la puissance picturale d’une œuvre. Si la position esthétique que l’on a est absolument originale par rapport à celle à laquelle on se confronte, l’œuvre que l’on fait est elle-même originale».

C’est ainsi qu’on lui doit quelques détournements surprenants auxquels les Epoux Arnolfini n’ont pas échappé.  Gonflé, non ?

BOTERO ARNOLFINI VAN EYCK

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Brigitte & Jean Jacques Evrard
p.art.ages@proximus.be

3 commentaires sur “Dans ce minuscule mystérieux miroir.

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  1. encore de précieuses recherches et découvertes j’adore les Botero inspiré des Maîtres
    merci de ces sourires en ces temps moroses et brouillardeux
    amicalement
    Françoise

    J’aime

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