L’espace public, mon musée.

Enfants, en visitant souvent l’Expo 58 de Bruxelles et son rutilant Atomium, nous avons tous deux été sensibilisés à l’architecture et à l’art urbain. Et pour cause, cette exposition universelle, inaugurée moins de 15 ans après la guerre qui avait dévasté l’Europe, offrait à nos jeunes yeux émerveillés des architectures innovantes et futuristes et de grandes œuvres d’art remarquables.

EXPO 58 ARCHITECTURE

La flèche du génie civil, les pavillons du Royaume-Uni, des USA, de l’URSS, le pavillon Phillips signé Le Corbusier, celui des conserves Marie Thumas nous emmenaient vers l’an 2000.

EXPO 58 OEUVRES

Si les édifices les plus futuristes ont été détruits, les œuvres d’art ont, elles, été préservées et déplacées, comme le Lion Rugissant de Raymond de Meester qui se trouve maintenant au château Malou à Woluwé st Lambert, le cheval Bayard de Strebelle installé en bord de Meuse à Namur et The Whirling Ear (l’oreille tourbillonnante), stabile signé Calder qui fait maintenant un tour par minute au Mont des Arts à Bruxelles.

D’où cette envie aujourd’hui de vous parler de ces œuvres souvent monumentales qui enrichissent les espaces publics et que l’on côtoie sans trop y faire attention.

Avant la fin du XIXème siècle, les œuvres installées «dans la rue» étaient presque toutes des représentations humaines, principalement des militaires, du vaillant soldat au sanguinaire maréchal, et des politiques de l’illustre humaniste au détestable potentat. Parfois des artistes ou des savants qu’ils soient médecins, philosophes, mathématiciens, ingénieurs ou inventeurs. Plus rarement des figures allégoriques, presque toutes représentées par des femmes à la plastique généreuse. Les noms des sculpteurs intéressaient peu, seule la représentation du sujet importait.

LES 6 CONTINENTS MUSEE ORSAY
Les 6 Continents, sur le parvis du Musée d’Orsay à Paris

Mais avec l’industrialisation et les échanges commerciaux, culturels et artistiques commence une ère de changement de pensée. Des œuvres originales voient le jour sur les places comme dans les parcs. Vers la fin du siècle, si la représentation statuaire porte toujours le nom de la figure, celui de l’artiste devient son égal. On parle alors de la statue de la liberté d’Auguste Bartholdi, des bourgeois de Calais d’Auguste Rodin, du mineur de Constantin Meunier…

Plus tard, et de plus en plus à partir du XXème siècle, c’est le nom des artistes qui prime. On voit ainsi l’apogée des Aristide Maillol, Constantin Brâncuși, Ossip Zadkine, François Pompon,… puis dans la seconde moitié du siècle, des artistes de plus en plus libres aux sujets tellement créatifs comme Louise Bourgeois avec son araignée appelée Maman, MOORE BBL MARNIXFernando Botero et ses typiques personnages ou animaux en surpoids, Nikki de Saint Phalle et ses nanas, Claes Oldenburg et ses blow ups pour les figuratifs… et Olivier Strebelle, Alexander Calder, Jean Dubuffet, Christo l’emballeur, Daniel Buren, Richard Serra et Henry Moore dont l’œuvre Locking Piece a longtemps enrichi l’espace face à la Banque BBL avenue Marnix à Bruxelles, pour les plus abstraits.

MAMAN LOUISE BOURGEOIS BILBAOAujourd’hui, la nouvelle génération nous offre des artistes comme l’Espagnol Jaume Plensa, les Anglais Anish Kapoor et Jeff Koons, le Chinois WeiWei et le Belge Jan Fabre.

Au fil des ans, nos espaces publics deviennent des musées, et les œuvres des événements qui ne laissent insensibles ni la presse, ni le quidam. Il faut voir en cela une grande évolution de la pensée mais surtout une ouverture d’esprit des pouvoirs publics, des entrepreneurs et grâce à eux de la population toute entière.

reichstag-emballage-christoIl faut saluer ceux et celles qui soit par leur position politique, leurs moyens financiers, leur générosité, leur culture ou leur sens de la communication, donnent aux plus grands artistes les moyens de s’exprimer de façon spectaculaire. Car c’est bien de spectacle qu’il s’agit aujourd’hui et tant mieux si cela répond aux attentes du public. Plus l’art sera présent dans les rues, plus on peut espérer que les enfants s’ouvriront à la créativité et que les adultes seront de plus en plus incités à passer la porte des musées et des expositions.

Arc Majeur de Bernar Venet BELGIQUE
Même les autoroutes inspirent les artistes, comme Bernar Vernet et son Arc Majeur.

Sur le très fréquenté Trafalgar Square à Londres, le 4ème socle érigé en 1841 et qui ne supportait aucune statue depuis sa construction, se voit, depuis 1998 être le piédestal de la sculpture contemporaine. Picture by Mark Richards-Boris Johnson unveils the new commission for the Fourth Plinth in Trafalgar SquareDéjà une douzaine d’œuvres ont eu l’honneur d’y être présentées et la suivante « The End », de l’artiste britannique Heather Phillipson, aurait dû prendre place pour deux ans début mars, à suivre donc. Toujours à Londres, Sculpture in the City, qui en est à sa 9ème édition, égaie la ville avec de nombreuses œuvres d’artistes renommés ou en devenir. Voyez ICI.

A Namur, la devenue célèbre Tortue géante en bronze de Jan Fabre a créé l’événement. Après 10 ans passés devant la plage de Nieuport, le reptile carapacé, chevauché par l’artiste, est arrivé à Namur au printemps 2015 et ne devait y rester que quelques mois. C’était sans compter sur l’engouement du public qui citoyens, patrons d’entreprises, amateurs d’art et amoureux de la ville se sont unis pour financer la pérennité du projet. La tortue restera donc sur place ad vitam. La ville vient d’ailleurs d’investir pour l’aménagement du site.

ANISH KAPOOR VERSAILLESAu Château de Versailles, depuis 2009, le domaine invite les plus grands noms de l’art contemporain à investir les jardins et le château, et à dialoguer avec les maîtres baroques qui y ont imprimé leur marque, étincelant mariage. Si ces événements très créatifs, voir subversifs en ces lieux de grandeur monarchique en ont choqué plus d’un, on peut en être satisfait car aussi bien la tour Eiffel que Beaubourg, lieux les plus fréquentés de France, ont subi en leur jeunesse les mêmes sarcasmes. On a vu qui avait tort. Car c’est justement cette opposition entre le Versailles ouvert aux arts du roi Louis et à celui des Koons, Murakami, Kapoor et leurs semblables qui crée l’étincelle nécessaire à l’ouverture d’esprit.

BALERINA JEFF KOONS NEW YORK 1A la différence des musées où pour y entrer il faut faire un effort intellectuel (et aussi financier), l’art présent dans les espaces publics est gratuit et s’impose aux yeux souvent de façon spectaculaire, parfois même choquante, pour dialoguer avec le passant qui ne peut rester indifférent car cet espace lui appartient. On le remarque souvent, une oeuvre d’art contemporain placée dans l’espace public crée souvent débat, avec ses adeptes souvent silencieux et ses détracteurs parfois virulents. L’art ne laisse jamais indifférent. Alléluia!

Quand dans la rue, une œuvre d’art fait l’événement, elle transcende le lieu, attire les amateurs d’art comme les friands de selfies et d’instagrams « likeable ». Mais n’est-ce pas ceux-là justement qu’il faut, en priorité, ouvrir à l’art ?

Cliquez ICI et admirez une sélection de sculptures « publiques » remarquables.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Elle s’appelle « The Sphere », œuvre du sculpteur allemand Fritz Koening, composée de 52 éléments en bronze, haute de plus de 7 mètres, destinée à symboliser la paix dans le monde par le commerce mondial… et se trouvait autrefois au milieu de l’Austin J. Tobin Plaza entre les deux tours du World Trade Center à New York.

En ce triste et ensoleillé matin du 11 septembre 2001, « The Sphère » a été ensevelie sous les centaines de tonnes de gravas des tours effondrées.

Les symboles ont la vie dure et The Sphere a fait le pied de nez aux terroristes et restant blessée mais debout au milieu du désastre.

THE SPHEREDémontée puis entreposée près de l’aéroport JFK avec les autres restes du carnage, l’œuvre retrouve Manhattan le 11 mars 2002, six mois jour pour jour après les attentats, et est érigée à Battery Park, à proximité du Hope Garden, à quelques centaines de mètres de l’endroit où elle se trouvait autrefois. Fritz Koenig lui-même a supervisé les travaux ; il a fallu quatre ingénieurs et quinze ouvriers métallurgistes pour créer une nouvelle base à l’œuvre. Voir ICI.

Après des années de débat, et peu de temps après l’ouverture du Liberty Park en Juin 2016, la sculpture est finalement transférée au niveau du site du World Trade Center le soir du 16 août 2017, à l’emplacement qu’elle occupait naguère, il y a presque 16 années de cela.

Elle est maintenant symbole d’espoir et de l’esprit indestructible des USA.

 

Brigitte & Jean Jacques Evrard
p.art.ages@proximus.be

2 commentaires sur “L’espace public, mon musée.

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  1. Merci de nous faire voyager dans le monde de l’ art . On suit le guide avec intérêt et plaisir . On partage sa curiosité .

    Une belle émotion .

    Jacques et Anne Marie

    J'aime

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