Toute la connaissance du monde en 50 signes.

Nous en voyons des milliers tous les jours, nous les connaissons par leur nom, il y en a des maigres et des dodues, des étroites et des larges, des majuscules comme des minuscules, des droites et des penchées… les lettres de l’alphabet… et les chiffres, bien sûr. Leurs ancêtres sont nés quinze siècles avant JC quelque part dans le désert du Sinaï et nul ne sait quand un être humain dessina l’ébauche du premier signe.

Voyez en tête de cet article l’alphabet phénicien composé de 22 signes (graphèmes), il se lit de droite à gauche. Il date de 1000 avant JC.

Des siècles durant ils ont été tracés à la main ce qui limitait grandement la diffusion de la connaissance. Vers l’an 700 de notre ère sont apparus en Chine, Japon et Corée les premiers textes imprimés au départ de plaques en bois, gravées. Les Chinois ont inventé, au XIème siècle, les caractères mobiles. Mais étant donné le nombre très important de signes utilisés dans les écritures asiatiques, le procédé devint complexe. En Europe, grâce à l’utilisation de l’alphabet latin qui n’est constitué que de 26 signes, l’impression de livres en grande série devint plus aisée et moins coûteuse. Et ainsi la diffusion du savoir fît un bond énorme. En 1451 le premier livre imprimé en Europe en caractères mobiles sort des presses de Johannes Gutenberg. Alors que la population européenne était d’environ cent millions d’habitants, vingt millions de livres ont été imprimés entre 1451 et 1500. Et depuis lors les procédés n’ont cessé de se perfectionner. Aujourd’hui, les caractères mobiles ont été remplacés par l’impression numérique.

En occident dès le début de l’impression à caractères mobiles, l’alphabet composé de seulement 26 signes a permis la création de nombreuses versions graphiques ayant chacune leur personnalité, ce qui fit la richesse artistique de notre écriture imprimée. A contrario, les signes des alphabets japonais (kanji, hiragana, katakana), chinois (hànzi), étant trop nombreux, ces civilisations ont vu fleurir un art de la calligraphie varié et créatif. Pareillement, mais pour d’autres raisons (techniques et surtout religieuses), l’écriture arabe (abjad) est devenue la référence en matière de calligraphie et on lui doit des merveilles.

Penchons-nous maintenant sur les lettres, les chiffres et signes particuliers qui distinguent les touches de nos claviers. Principalement sur leur beauté esthétique. Bien sûr, la grande majorité des petits signes que nous lisons, nous ne les regardons pas vraiment bien. Alors qu’en réalité leur dessin revêt une grande importance dans le confort de lecture donc dans la compréhension du texte.

Les journaux et magazines ne choisissent pas telle ou telle police de caractères à la légère, question de lectorat. En 1931, le journal anglais The Times a investi dans la création d’une typographie particulière baptisée Times New Roman, dessinée par Stanley Morison, et utilisée depuis par des centaines de millions de personnes.

Avant l’utilisation des ordinateurs graphiques, toutes les lettres, chiffres et symboles qui composent un alphabet ainsi que les versions italiques, condensées, le tout multiplié par des différentes « graisses » qui vont de très fin à très gras, étaient dessinés entièrement à la main. Un travail gigantesque qui demandait parfois des années pour une seule et même typographie. Aujourd’hui des programmes informatiques rendent le travail bien plus aisé et très rapide. On est passé de deux ou trois centaines de typographies avant « l’ère Mac » à des milliers depuis.

Mais c’est aux créateurs de caractères typographiques que nous voulons ici rendre hommage car ce sont des artistes de l’ombre, inconnus, sans gloire mais oh! combien passionnés par leur travail. Nous voyons et utilisons leurs œuvres tous les jours, gratuitement. Admirez ci-après quelques exemples représentatifs et dites-nous quel est votre préféré.

TIMESTimes New Roman : Alphabet créé en 1931 pour le quotidien « The Times » par Stanley Morison.

GILLGill Sans : Créé en 1928 par le graphiste et sculpteur britannique Eric Gill. Sans doute la typo la plus utilisée au Royaume Uni, comme en signalétique du métro et des chemins de fer, à la BBC et par de nombreuses sociétés.

HELVETICAHelvetica: Typographie créée en 1957 par Max Miedinger, qui l’a dessinée dans un objectif précis : atteindre l’harmonie optique la plus aboutie possible. Utilisée mondialement et par la Nasa sur les navettes, par la Lufthansa. Elle est une des rares à avoir été adaptée aux caractères chinois, coréens, japonais, cyrilliques, hébreux…

GARAMONDGaramond: Créée à l’origine par Claude Garamond vers l’an 1500 redessinée un siècle plus tard par Jean Jannon.  Le cardinal de Richelieu nomme la police de Jannon « Caractère de l’Université » ou « Romain de l’Université ». À partir de là, la police devient le standard de la Manufacture royale d’imprimerie. Cette typographie très élégante est toujours utilisée de nos jours, vous l’avez sans doute sur votre ordinateur.

PALATINOPalatino: dessinée et développée par Hermann Zapf de 1948 à 1950 pour la fonderie typographique D. Stempel AG de Francfort, en Allemagne.

BODONIBodoni: Très belle police conçue par Giambattista Bodoni en 1798

COPPERPLATECopperplate: Créée en 1901 aux USA par Frederic W. Goudy. Elle a la particularité de ne comporter que des lettres capitales, les lettres minuscules ont le même dessin que les capitales mais sont plus petites.

SNELL ROUNDHANDSnell Roundhand: Créée en 1963 par Matthew Carter, typographe britannique vivant aux USA. En plus de cette police élégante de type « script », ce typographe extrêmement talentueux est l’auteur de plus de 30 polices remarquables.

GOTHAMGotham: Voici une toute jeune police, de l’ère digitale, créée en 2000 par le typographe américain Tobias Frere-Jones. Bien que jeune, il est le créateur de dizaines de polices, aidé par des programmes informatiques accessibles pour tous aujourd’hui.

FUTURAFutura: Créée en 1927 par le typographe allemand Paul Renner en pleine période Bauhaus. Il présentait sa création comme « la police d’aujourd’hui et de demain » Il avait tout à fait raison.

ROCKWELLRockwell : Lancée en 1934 et créée par le typographe américain Frank Hinman Pierpont. Elle est inspirée par les typographies « égyptiennes » du XIXème siècle et principalement utilisée en affichage pour sa force graphique et sa belle lisibilité.

OPTIMAOptima : Dessinée et développée par Hermann Zapf de 1952 à 1955. Elle se distingue par son excellente lisibilité et son élégance.

GOUDYGoudy : Créée par l’américain Frederic W. Goudy en 1915 qui s’est inspiré des typographies italiennes de la renaissance. Décédé en 1947 à l’âge de 82 ans, on lui doit plus d’une centaine d’alphabets.

HELVETICA-GRAISSES

Les polices de caractères les plus utilisées, comme l’helvetica, sont déclinées en différentes « graisses », allant de l’extra fin (maigre) au très épais (ultra bold), en versions droite et italique. Ce qui représente environ 3500 signes à dessiner. Un travail de Bénédictin.

Plus sur la typographie en visitant le blog de Marie-Astrid Bailly-Maître  ICI

Voyez ci-dessous 25 marques qui ont choisi chacune une des lettres de l’alphabet comme emblème, preuve de la grande créativité qu’offre notre système d’écriture. Vous les reconnaissez ?

ALPHABRAND

LE SAVIEZ-VOUS ?

YESDans l’antiquité, le détroit de Gibraltar marquait la fin du monde connu. Avec sur la rive africaine le djebel Musa et sur la rive européenne le djebel Tarik (origine du nom Gibraltar). Porte d’entrée, ou de sortie de la Méditerranée, ces deux monts portaient le nom de Colonnes d’Hercule.

On peut, aujourd’hui encore, voir en Andalousie de nombreuses représentations de ces mythiques colonnes, mais aussi à Gibraltar et surtout sur les armoiries de l’Espagne.

Vers la fin du XVème siècle, les Espagnols adoptèrent une unité monétaire en circulation dans le Saint Empire Germanique, le Thaler. Comme les métaux précieux étaient abondants dans les territoires récemment conquis aux Amériques, ce Thaler espagnol devint ainsi une des devises principales dans ce que sont aujourd’hui les Etats-Unis. Les colons anglais ayant déformé le mot Thaler en Dollar, ils appelèrent ce Thaler espagnol «Spanish Dollar».

Las-Columnas-de-HerculesEn haut, le détroit de Gibraltar vu d’Espagne avec à gauche le djebel Musa et à droite le djebel Tarik (rocher de Gibraltar) qui symbolisait, pour les Romains, la frontière entre le monde civilisé et l’autre inconnu et dangereux.

Comme sur le revers figuraient les armoiries espagnoles, avec les deux colonnes d’Hercule reliées par un ruban, une abréviation graphique formée d’un S et de deux barres verticales, fût alors adoptée. Elle est d’ailleurs toujours utilisée de nos jours. Elle a même fait des petits puisque le Yen japonais et le Yuan chinois sont symbolisés d’un Y doublement barré, idem pour l’Euro que nous utilisons depuis une vingtaine d’année. Comme quoi, la mythologie antique a la vie dure et se cache là où l’on ne pense pas la trouver.

Brigitte & Jean Jacques Evrard
p.art.ages@proximus.be

 

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