Inclassable. C’est ainsi qu’il se définissait lui-même. Car inclassable il l’était ce zigoto de James. Né à Ostende le 13 avril 1860, d’un père anglais, d’une mère flamande, il y décédera le 19 novembre 1949. Excellent dessinateur, à 13 ans seulement, poussé par papa, il suit des cours chez deux vieux artistes du coin. A 17 ans c’est à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles qu’il se perfectionne. Mais son caractère anticonformiste est déjà bien fait. Il quitte les cours après trois ans en disant « Je sors et sans façon de cette boîte à myopes » et s’en retourne à Ostende, chez papa-maman. Célibataire dans l’âme, misanthrope sur les bords, il installe son cocon, son chevalet et ses pinceaux dans les combles de cette maison où il a passé sa tendre enfance et qui, au rez-de-chaussée, abritait le magasin d’articles de souvenirs tenu par ses parents.
On y trouvait, comme il l’écrira bien plus tard à son ami Louis Delattre «masques, coquillages, dentelles, poissons rares empaillés, vieux livres, gravures, armes, porcelaines de Chine, un fouillis inextricable d’objets hétéroclites », mille choses bizarres et chatoyantes qui ont aiguisé l’imaginaire du petit James et qui ont façonné sa personnalité et son style inimitable.

De retour dans sa cité balnéaire, jeune adulte, Ensor peint des portraits et des paysages quelque peu impressionnistes. Il a vingt-et-un ans et sa première exposition est mal reçue. Dans ses écrits on trouve : « Mes concitoyens, d’éminence molluqueuse, m’accablent. On m’injurie, on m’insulte : je suis fou, je suis sot, je suis méchant, mauvais… ». Qu’importe ! Oui, qu’importe les autres et leurs quolibets, Ensor n’est pas de leur monde, Ensor est son propre monde. A vingt-cinq ans à peine il entre alors dans sa période la plus créative. Celle des masques, des scènes politiques ou bibliques caricaturées, des os et des crânes, des poissons, des mollusques, du Christ entrant dans Bruxelles, des tableaux aux annotations hilarantes ou provocantes, des compositions caduques, des couleurs qui illuminent…

Car Ensor, c’est l’anticonformiste fait peintre. L’homme à part, l’insolent, que la société coincée de son époque hérisse, que l’hypocrisie bourgeoise excède, que le sérieux de ses semblables fait rire et que messieurs les critiques exaspère. Ensor est dans la lignée du vieux Breughel et de Jéronimus Bosch, mais aussi de Félicien Rops le sulfureux. Mais Ensor préfigure aussi le surréalisme et l’art moderne naissant.


Touche à tout, peintre, dessinateur, caricaturiste, graveur, écrivain et même compositeur de musique, ses œuvres, si caractéristiques et personnelles, font d’Ensor un cas à part, incomparable, on ne peut plus belge… mondialement reconnu.

En cette année 2024, on célèbre le 75ème anniversaire du décès d’Ensor. Des expositions et événements autour du plus inclassable des artistes belges sont à visiter…
OSTENDE
Dans la maison où il vécut et travailla :
https://www.ensorhuis.be/fr/la-maison-de-james-ensor
Au mu.ZEE :
ANVERS
Au KMSKA :
https://kmska.be/fr/james-ensor
Au FOMU – foto museum: https://fomu.be/fr/
Au Musée de la Mode: https://www.momu.be/fr/informations-visiteurs
Au Musée Plantin Moretus : https://museumplantinmoretus.be/fr
BRUXELLES
A Bozar :
https://www.bozar.be/fr/calendrier/james-ensor-maestro
LE SAVIEZ-VOUS ?
Le 7 février 1992, après un marathon d’âpres négociations, le traité de Maastricht est signé. Il entre en vigueur l’année suivante et définit les règles de l’union économique et monétaire et, ce faisant, la création de la monnaie unique, l’ECU, devenu en finalité l’EURO. Un concours est lancé pour le dessin des 7 billets. Le thème définit par l’IME, Institut Monétaire Européen, ancêtre de l’actuelle BCE, est « Epoques et Styles d’Europe ». On a vu large ! Le choix se porte sur les projets du graphiste autrichien Robert Kalina. Un mélange de ponts, de portes et de fenêtres, fictives. Il ne fallait ni léser, ni avantager l’un ou l’autre pays.
Ces billets au dessin d’une banalité affligeante sont entrés dans nos portefeuilles le 1er janvier 2002, remplaçant les coupures nationales.
En Belgique, la dernière série de billets en francs avaient été mise en circulation dès 1994.
Pour ces nouvelles coupures (comme pour les précédentes), il était de tradition que les illustrations mettent en valeur le sérieux, la vertu et l’ardeur au travail avec, comme exemples, les plus célèbres artistes belges. La liste était impressionnante, Victor Horta, Adolphe Saxe, René Magritte, Constant Permeke, et James Ensor… le non-sérieux, non-vertueux, l’ardent olibrius. Inclassable jusqu’au bout. Sacré Ensor.
Brigitte & Jean Jacques Evrard




ENSOR..CELANT !
J’aimeJ’aime