A la fin du 19ème siècle, la Belgique était la deuxième puissance industrielle du monde ! On y comptait de grands entrepreneurs fortunés. Quelques-uns de ceux-là, qui avaient l’esprit ouvert, furent les premiers à faire appel à un jeune architecte nommé Victor Horta.
Il y a 130 ans, Horta construisait l’Hôtel Tassel qui est aujourd’hui admis comme l’œuvre fondatrice de l’Art Nouveau car il est le premier édifice à rompre avec les codes existants de l’époque. La porte d’entrée des habitations classiques bruxelloises était placée sur le côté de la façade et était prolongée d’un long couloir latéral sur toute la profondeur de la maison qui conduisait à la cage d’escalier menant aux étages et qui, au rez-de-chaussée, donnait accès aux trois pièces en enfilade, le salon côté rue, la salle à manger au centre (donc très sombre) et la véranda côté jardin.
Ce gabarit standard, Horta n’en veut pas, il favorise le plan libre et réinvente la disposition des pièces, donc des façades, reflet extérieur de l’intérieur. Pour l’Hôtel Tassel, Horta place la porte d’entrée bien au milieu ainsi que le corridor d’accès aux pièces, plutôt large centre de distribution que couloir de passage. Il n’y a plus de pièce centrale, celle-ci étant remplacée par un puit de lumière.
Horta repense aussi l’architecture classique, il utilise la pierre plutôt que la brique car elle permet la taille qui sculpte la façade en courbes et contre-courbes. Il intègre le métal, colonnes et poutres de fer et de fonte qui permettent de réduire la maçonnerie et d’ouvrir de grandes baies qui laissent ainsi entrer la lumière. Il élabore un large bow-window donnant à la façade de très élégantes courbes et à l’intérieur lumière et volume.

Horta, designer bien avant l’heure, dessine tous les éléments extérieurs et intérieurs, dans les moindres détails. Vitraux, boiseries, mobiliers, quincaillerie,… de sa main qui sait si bien manier les courbes – le «coup de fouet» comme il sera nommé – qui devient sa marque de fabrique et qui inspirera tant de ses adeptes belges comme étrangers.

L’Art Nouveau, période riche en créativité ne sera qu’un feu de paille, victime de sa propre créativité et de son exubérance. A trop vouloir innover, à compliquer à souhait les constructions, et à les rendre coûteuses à produire et à entretenir, les architectes ont fait évolué sans cesse ce style qui est passé de sa période «florale» à sa période «géométrique» en une petite vingtaine d’année. La guerre 14/18 lui a donné le coup de grâce, et l’après-guerre a vu naître l’Art Deco, style élégant beaucoup plus rigoureux.
Les réalisations Art Nouveau furent abondantes en Belgique et, malgré le désamour d’après 40 pour ce style et les trop nombreuses démolitions qui ont fait disparaître à jamais des bâtiments remarquables, il reste à voir des exemples de grande qualité, dont beaucoup sont classés, restaurés ou en voie de l’être. Horta, Blerot, Strauven, Dewin, Hankar, Cauchie, Privat-Lievemont à Bruxelles, De Weerdt, Bascourt, Van Averbeeke à Anvers, Rogister, Jaspar, Sérurier-Bovy à Liège et bien d’autres ont marqué leur époque, ils méritent reconnaissance, respect et admiration.
C’est dans cet esprit que nous vous présentons aujourd’hui le petit frère d’admirable-facades.brussels, qui est consacré exclusivement à l’Art Nouveau en Belgique.
Sur www.admirable-artnouveau.be, on peut voir les plus remarquables édifices de Bruxelles, Anvers, Liège, Gand, Charleroi, entre autres. Des pièces de mobilier, des objets de décoration, des vitraux,… présentés dans nos musées ont aussi leur place dans ce site qui a vocation d’être le plus large possible.

Nous vous remercions déjà de le visiter et d’en parler autour de vous sans oublier de le partager sur vos réseaux sociaux.
Bonne visite.
LE SAVIEZ-VOUS ?
Entre 1899 et 1904, Victor Horta conçoit pour Octave Aubecq, industriel fortuné, une grande maison trois façades, avec en son centre une belle verrière, puit de lumière. Le commanditaire voulait y installer son mobilier familial, de style classique. Ce que Horta ne voulait pas, lui qui concevait ses maisons comme des œuvres totales, en dessinant tous ses éléments, y compris le mobilier. Astucieux, voire rusé, Horta élabore une maison aux pièces difformes à tel point que Mr Aubecq n’y puisse pas y placer ses meubles et n’ayant d’autre solution que de confier à Horta la création de tout son mobilier. Subtile Hortastuce.

La famille Aubecq occupera la maison de longues années et en 1948 Jean, le fils d’Octave, vend le bâtiment à des promoteurs immobiliers qui ont pour projet de le démolir pour y construire des appartements. Levée de boucliers dont Julia Carlsson-Horta, la seconde épouse de Victor Horta.

Malgré l’absence de classement du bâtiment, Auguste Buisseret, alors ministre des travaux publics décide le démontage, pierre par pierre, de la maison et la conservation de la façade principale grande de 15 mètres sur 11. Au total 634 pierres et 350 tonnes ! Commence alors une belle série de déménagements. D’abord entreposées à Saint-Gilles (Bruxelles) les pierres sont transportées à Namur dans une caserne désaffectée, puis sur un terrain vague à Tervuren. Vers 1970, l’architecte Maurice Culot propose d’édifier cette façade face au magasin Old England bâtiment art nouveau (actuellement le MIM, Musée des Instruments Musicaux) sur le Mont des Arts. Plouf.
En 2001, quatrième déménagement, cette fois à Schaerbeek, dans un hangar rue Navez. Là, les pierres sont nettoyées et mise sur palettes. Trois ans plus tard autre projet. Reconstruire la façade à l’entrée du parc Tenbosch, à 300 mètres de son emplacement d’origine. Re-plouf.
D’autres projets sont élaborés. Plouf, plouf, plouf.
En 2010, la Direction des Monuments et Sites confie à Nicolas Crépiet, architecte expert en patrimoine, le soin d’étudier les restes de la façade. Nouveau nettoyage. Les pierres sont scannées en 3D puis assemblées à plat et virtuellement aussi au départ des scans.

En 2011, au Musée Royaux des Beaux-Arts, une expo présentes quelques pierres représentatives et des visites sont organisées au hangar, rue Navez. La même année, Charles Piqué, Ministre-Président de Bruxelles-Capitale, renonce officiellement à la reconstruction de l’Hôtel Aubecq. Il est alors prévu d’exposer la façade, couchée, en extérieur, dans une scénographie jugée adéquate (oh les beaux mots), quelque part dans l’espace public bruxellois (oh les belles promesses).
En 2016, le hangar devenu vétuste est squatté, tagué, abandonné. Pour finir cette belle histoire, le CIVA organise en 2019, au Kanal-Pompidou, une exposition de quelques-unes de pierres taillées qui sont présentées telles des œuvres d’art. Plouf final.
On ne peut que jeter la pierre aux promoteurs immobiliers et politiciens qui font très rarement bon ménage avec l’art et la culture.

Heureusement le mobilier et quelques éléments de décoration intérieure de l’Hôtel Aubecq, signés Horta, eux-aussi vendus en 1948, se sont retrouvés dans des collections privées et des musées. A Paris au Musée d’Orsay, on peut admirer quelques meubles, des éléments des boiseries et des vitraux rescapés du désastre. D’autres pièces sont aussi visibles au Musée Fin de Siècle rue de la Régence à Bruxelles.
Voyez ICI les maison art nouveau qui peuvent être visitées.
Brigitte & Jean Jacques Evrard
Superbe et tellement riche en information, comme d’habitude
Philippe Debroux
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