In vino veritas.

La pandémie et ses effets secondaires, fermeture des bars et restaurants, confinement, stress, zoom-party,… ont fait grimper la consommation d’alcool à la maison. Chez Carrefour, les ventes de vin et d’alcool ont augmenté de 25%. Delhaize annonce que le gin, alors qu’il était en chute régulière avant 2020, a bondit de 30%, le rhum et l’eau de vie de 50%. Occasion comme une autre de se pencher sur la boisson dans l’art. Boisson de joie comme boisson de peine.

Le Roi boit, ce tableau de Jacques Jordaens (1593-1678), que l’on peut admirer aux Musées Royaux des Beaux-Arts à Bruxelles, est représentatif des heurs et malheurs qu’apporte la divine bouteille. On y voit un vieil homme couronné portant la coupe aux lèvres, entouré de sa cour quelque peu dépravée, s’adonnant tous aux joies de la boisson partagée en joyeuse compagnie. Drôle de roi. N’a-t-il pas mieux à faire pour le bien de son peuple ?

Mais en réalité, point de vrai roi dans ce tableau qui représente en fait une célébration familiale de l’Epiphanie, fête chrétienne qui commémore la visite des Rois mages à l’Enfant Jésus. Comme il est de coutume encore aujourd’hui, on partageait au XVIIème siècle un gâteau dans lequel était caché une véritable fève, une pièce de monnaie ou une petite babiole. Le convive qui la trouvait, s’il ne se cassait pas une dent, se coiffait d’une couronne, présidait la fête et à chaque fois qu’il levait son verre, l’assemblée s’exclamait en cœur «Le roi boit» et buvait à son tour. Ceux qui ne suivaient pas le mouvement se voyaient noircir les joues de suie… cette spécificité-là n’a pas survécu, ouf!

Dans ce tableau, le roi est le patriarche de cette joyeuse famille, entouré des siens, joyeux drilles buvant et hurlant sans retenue «le roi boit». Une ripaille orgiaque composée de 12 fêtards ivres et grimaçants dont celui en bas à gauche, vomissant son trop bu. Il s’agirait en fait d’une représentation du peintre lui-même! La composition est sublime dans sa vulgarité et la représentation des convives hideux dans leurs vices. Le tableau en appelle à tous nos sens, on peut y entendre les cris, les chants, la cornemuse, les verres qui se brisent, on imagine les odeurs, le vomi, la sueur, la vinasse, le tabac âcre, l’enfant qu’on torche.

Rien n’est laissé au calme, le tableau est construit comme une nature morte où chacun des éléments est sublimé, mais une nature morte on ne peut plus vivante, pleine d’énergie. Un seul élément est au repos, tout en haut au centre, un cartouche où il est écrit « «In eenvrygelachistgoetgastsyn», qui signifie «Où la boisson est gratuite, il fait bon être invité».

Car en réalité le peintre, par cette allégorie, dénonce les mœurs corrompues et la gabegie des gouvernants. Preuve qu’il tenait à s’exprimer sur le cas, Jordaens a peint six versions différentes de cette scène moralisatrice de l’époque… qui est peut-être encore d’actualité aujourd’hui pour certains.

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On peut admirer cette version à l’Israel Museum de Jérusalem.

Que retenir de ceci ? Outre le message dénonciateur et satirique, le fait qu’il ne faut pas regarder une œuvre d’art telle qu’elle est. En peinture comme en littérature, les artistes usent de symboles, de fables, d’allégories, et autres subterfuges pour nous faire passer leurs vrais messages. Il ne faut donc jamais prendre une œuvre d’art pour ce qu’elle semble être à priori. Mais bien s’interroger sur ses tenants et aboutissants, sur sa signification induite pour se faire sa propre opinion… qui ne sera que ce qu’elle est. La vérité est-elle vain mot?

Pour vous, 3 cadeaux:

Bien d’autres tableaux ont été consacrés à la boisson, à la fête, au vin, à l’ivresse. Van Gogh, Vermeer, Toulouse-Lautrec, Magritte, Manet, et tant d’autres que nous vous invitons à découvrir ICI.

Pour vous détendre, il n’y a pas que l’apéro, mais cette merveilleuse conférence

Et pour les oenologues amateurs, le blog de notre ami Jo. Un must.

LE SAVIEZ-VOUS ?

C’est en 1984 que les moines bouddhistes du Wat Pa Maha Chedi Kaew, situé à 600 km au Nord-Est de Bangkok ont commencé leur collecte de bouteilles de bières (vides il faut le préciser). Des vertes (Heineken) et des brunes (Chang, la marque locale) se sont d’abord entassées par centaines. Soudain, une illumination : « Et si on se servait de ces bouteilles comme matériaux de construction » s’est écrié un des moines. Aussitôt dit, voilà le travail qui commence. Séduits par ce projet, les habitants du coin se sont eux aussi mis à la collecte et il en est venu de partout de ces bouteilles, par centaines, par milliers… Aujourd’hui une vingtaine de bâtiments sont construits : des salles de prières, des dortoirs, des toilettes, un crématorium et bien sûr un superbe temple vite baptisé Wat Lan Kuad ou « le temple au million de bouteilles ».

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Une base en béton fortifie les structures et du ciment sert de liant mais l’effet est saisissant quand la lumière du soleil, si belle en ces régions, fait chanter le verre brun et vert.

Les moines ne sont pas peu fiers de leur exploit car en plus des économies faites sur le matériau de base très solide, les bâtiments sont faciles à entretenir et à nettoyer. Qui plus est, cet ensemble architectural hors du commun commence à attirer en nombre les visiteurs friands d’eco-tourisme. Pour parfaire le projet, les moines collectent maintenant des capsules de toutes marques pour en faire des mosaïques à l’effigie du bouddha.

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Après avoir été mise en bière, la bouteille devient temple ! Pour une religion qui croit en la réincarnation, voilà bien une belle façon symbolique de la visualiser.

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A quand à Paris une piscine olympique en bouteilles Perrier, à Lisbonne une église en bouteilles Sandeman, à Stockholm un hôtel Absolut Vodka… en Irlande une salle de danse Guinness et à Bruxelles… un stade de foot Jupiler???

Brigitte & Jean Jacques Evrard
p.art.ages@proximus.be

3 commentaires sur “In vino veritas.

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  1. Jean Jacques et Brigitte, félicitations pour ce travail super recherché, fouillé. Mille sentiments émanent de ce seul tableau. Beau blog de votre ami Jo qui parle entre autres du Comté qui n’est pas le seul fromage pour lequel on utilise l’ouïe! Pour le Parmesan, c’est la même chose et sans doute pour bien d’autres fromages à pâte dure! Merci pour ce beau Partage! mimie

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  2. tous ces Paratges sont fabuleux, documentés, passionnants. Quel courage vous avez de rechercher pour nous Histoire, et anecdotes. Mercis et félicitations
    Amicalement
    Françoise

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