Cet art urbain que l’on foule du pied.

Au Japon, le détail revêt plus d’importance que l’objet principal, et tout doit être minutieusement pensé pour obtenir au final, détails et objet principal associés, la perfection. Et lorsqu’elle atteinte, elle devient la règle, acceptée et suivie par tous. Cela donne un pays où les arts, les distractions, la cuisine, les comportements, les techniques artisanales,… sont raffinés, codifiés et respectés.

Furoshiki, Kakemono, Bonzaï, Ikebana, Origami, Kabuki, Sumo, Haiku, Nihon ryōri, Wagashi, Kaiseki, Shodo, Yakimono, Iki, etc, etc… font entre-autres partie de ces disciplines.

Il n’est donc pas étonnant de remarquer sur les trottoirs et les routes manucurées du Japon, que les plaques d’égouts sont, elles-aussi, différentes par leur créativité, esthétisme et diversité de leurs semblables du reste du monde.

PLAQUE EGOUT JAPON bTrois millénaires avant notre ère, la ville de Mohenjo-Daro, dans la vallée de l’Indus possédait un système d’égouts. L’arrivée des barbares sonna le glas de cette invention car ils ne prirent pas la peine d’entretenir les conduits qui s’engorgèrent et furent perdus. Il faut remonter aux Romains, au premier siècle de notre ère pour trouver traces d’égouttage. C’est de cette période que date la plus ancienne plaque d’égout jamais retrouvée à Vienne (Autriche) autrefois Vindobona. Elle est en terre cuite, de forme carrée. Mais ce n’est qu’au XIXème siècle qu’en Occident, les réseaux d’égouts ont vu leur développement généralisé.

Au Japon, c’est après la guerre et que les villes détruites ont été reconstruites que les systèmes d’égouts ont été réhabilités ou créés. Dans les années 80, de grands travaux de modernisation du réseau ont été entrepris et un haut fonctionnaire du ministère de la Construction a eu l’idée de permettre aux municipalités de concevoir leurs propres plaques d’égout. Son objectif était de sensibiliser le public aux projets d’assainissement coûteux et de les rendre plus attrayants pour les contribuables. Des concours de dessin de plaques d’égouts ont été organisés et rapidement les municipalités se sont mises en concurrence pour voir laquelle pourrait proposer les plus beaux motifs.

Aujourd’hui il existe même une association la « Japan Society of Manhole Covers » et on compte plus de 6000 designs de plaques dans tout le pays. Les Japonais disent Man-Holu quand ils parlent de ces plaques, dérivé du terme anglais « manhole cover » qui peut se traduire en français par « couvercle de trou d’homme », fonction première de ces plaques qui ferment des orifices d’accès aux réseaux techniques souterrains.

PLAQUES EGOUT JAPON dCes plaques, vrai musée en plein air pour le passant rêveur ou pressé, mettent en évidence les particularités des régions, des villes ou même parfois des parcs et autres lieux de rassemblements. Elles sont généralement en fonte et certaines, les plus attractives, sont colorées dans les creux à la façon des émaux cloisonnés.

PLAQUE EGOUT JAPON cLes sujets sont variés, souvent inspirés de la nature; arbres, fleurs, oiseaux, poissons… Certaines représentent les points d’intérêts locaux, bâtiments, châteaux, ponts, montagnes ou volcans. D’autres des personnages historiques ou des artisans au travail. Il y en a des commémoratives, d’autres publicitaires, et bien sûr certaines influencées par les mangas. Très pratiques et bien visibles sont celles destinées aux pompiers.

Découvrez-les ICI, invitation à un étonnant et beau voyage au Japon.

plaque biscuitAvec un poids d’environ 50kg, il serait étonnant de trouver un musée de la plaque d’égout, ni même un collectionneur (6000 plaques représentent 300 tonnes), toutefois le grand magasin Takashimaya de Shinjuku a organisé en février dernier un festival de la plaque d’égout qui présentait une dizaine d’exemplaires remarquables, avec, comme il se doit au Japon, quantité d’objets souvenir-cadeaux en accompagnement : stylos, plaques miniatures, magnets, livres et même gâteaux et biscuits représentant les designs des plaques exposées. Dire que c’est de l’art, non, mais art populaire certainement.

Et puis dans 5 millénaires, que restera-t-il des merveilles de nos musées d’aujourd’hui ? Il est fort à parier que les archéologues aliens venus de lointaines galaxies qui viendront fouiller ce qui restera de notre civilisation auto-détruite seront surpris de découvrir au Japon, tant de traces d’une incroyable culture oubliée.

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

PIECE MONNAIEQuand vous étiez enfant, avez-vous avec une feuille de papier, une mine de crayon et une pièce de monnaie, reproduit son dessin par simple frottage ? Oui ? Alors vous allez comprendre.

Pierre Alechinsky, sans doute l’un des plus grands artistes belges contemporain, a fait de même milieu des années 80 (un hasard). Mais lui avec des feuilles d’un mètre carré, de grandes brosses dures légèrement imbibées d’encre et… des plaques d’égouts. Où ? A New York où il occupait quelques mois par an l’atelier d’un ami artiste. Une fois rentré chez lui, il reprenait ces empreintes et y ajoutait sa créativité.

ALECHINSKY AU TRAVAILL’artiste disait, « On est à hauteur de chien, on est à quatre pattes, avec un outillage très simple: de petites brosses, du papier de Chine, un bol d’encre de Chine. Quand nous étions gosses. Nous frottions une pièce de 25 centimes pour faire apparaître son dessin sur la feuille. Je trouvais une image qui était peu vue, puisque tout le monde marche dessus sans regarder. Tout d’un coup, on s’aperçoit que dans nos rues, il y a une iconographie secrète qui est très belle mais qui disparaît de plus en plus ».

ALECHINSKY PLAQUE EGOUT 2Si c’est vrai que dans nos rues les plaques d’égouts sont souvent d’une banalité affligeante, il est rassurant qu’au Japon elles sont de plus en plus créatives. Raison de plus de visiter ce pays à nul autre pareil.

Et puis, un petit conseil. S’il est vrai qu’il faut découvrir les villes le nez en l’air, prenez aussi la peine de regarder par terre. Admirez ces plaques d’égouts là où vous serez de passage.

Et en plus, vous éviterez de marcher là où il ne vaut mieux pas!!!

 

 

Brigitte & Jean Jacques Evrard
p.art.ages@proximus.be

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